
KISANGANI — Il y a des contradictions qui passent difficilement inaperçues. Des positions qui, hier, semblaient relever d’un principe et qui, aujourd’hui, paraissent prendre une autre direction. Et lorsqu’elles concernent une personnalité politique aussi connue que le Professeur Patrick Matata MAKALAMBA, la question finit inévitablement par se poser : est-ce lui seulement, ou est-ce un être extraterrestre qui porte son visage ?
La récente mise au point de la Cellule de communication de l’Assemblée provinciale de la Tshopo vient raviver un débat qui dépasse désormais les querelles institutionnelles. Elle oppose surtout les discours d’hier aux positions d’aujourd’hui du député national Patrick Matata Makalamba.
Selon l’Assemblée provinciale, celui qui critique aujourd’hui avec vigueur le contrôle parlementaire exercé par les députés provinciaux serait pourtant le même homme qui, hier, dénonçait publiquement certaines dérives de la gestion provinciale et appelait l’Assemblée provinciale à exercer ses missions constitutionnelles de contrôle sans complaisance.
Alors, qu’est-ce qui a changé ?
Le contrôle parlementaire était-il une bonne chose hier parce qu’il permettait de dénoncer les gouvernements en place, mais devient-il aujourd’hui une menace lorsqu’il touche des intérêts ou des acteurs proches de soi ?
La question est d’autant plus troublante que l’Assemblée provinciale rappelle également la participation passée du Professeur Matata aux contestations relatives à certaines gestions provinciales, ainsi que ses démissions successives de fonctions ministérielles, présentées à l’époque comme des actes de dénonciation de ce qu’il considérait comme des dérives.
Pourquoi ce qui était hier une exigence démocratique deviendrait-il aujourd’hui une dérive ?
C’est précisément là que se trouve le cœur de la polémique.
L’Assemblée provinciale accuse aujourd’hui le député national de remettre en cause les prérogatives constitutionnelles des élus provinciaux et de présenter certaines de leurs initiatives comme motivées par des frustrations, des intérêts partisans ou encore la recherche de ressources financières.
Mais l’institution provinciale retourne la question contre son accusateur : les députés provinciaux étaient-ils compétents lorsqu’ils partageaient hier ses combats, et seraient-ils soudainement devenus incompétents parce que leurs décisions ne correspondent plus à ses positions actuelles ?
Voilà une interrogation que la population de la Tshopo pourrait légitimement se poser.
Plus troublant encore, la Cellule de communication de l’Assemblée provinciale évoque une influence que le Professeur Matata exercerait sur certains rouages de l’administration provinciale, notamment à travers des proches ou des collaborateurs. Ces affirmations relèvent-elles d’une réalité vérifiable, ou sommes-nous simplement face à une nouvelle bataille politique ?
Et si tel est le cas, une autre question mérite d’être posée : peut-on dénoncer publiquement l’influence politique des autres tout en étant soi-même soupçonné d’en exercer une ?
La population de la Tshopo mérite mieux qu’un simple affrontement de déclarations. Elle mérite de comprendre. Elle mérite de savoir où commence la défense de l’intérêt général et où s’arrête le jeu des intérêts politiques.
Car au fond, ce débat n’est peut-être pas seulement celui de Patrick Matata contre l’Assemblée provinciale. C’est celui de la cohérence politique.
Hier, le contrôle parlementaire était-il un rempart contre les dérives ?
Aujourd’hui, pourquoi serait-il devenu une menace ?
Hier, fallait-il contrôler sans complaisance ?
Aujourd’hui, pourquoi faudrait-il limiter ce même contrôle ?
Et surtout, les principes doivent-ils changer lorsque les hommes changent de position ?
L’Assemblée provinciale affirme, pour sa part, qu’elle ne cédera ni aux pressions ni aux intimidations et qu’elle entend continuer à exercer ses missions de contrôle dans l’intérêt général. Elle accuse également Patrick Matata de vouloir créer de nouvelles tensions entre les institutions provinciales, alors que celles-ci auraient retrouvé un climat d’apaisement depuis mars dernier.
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